Buch

Documentation – L'Affaire Hissène Habré

Le Combat de Victims pour Traduire Leur Dictateur en Justice

Reed Brody
Buch
2017

Le 30 mai 2016, l’ancien dictateur du Tchad Hissène Habré fut condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture, notamment pour violences sexuelles et viols, par un tribunal spécial sénégalais. Ce fut la première fois qu’un chef d’État étranger était jugé par les tribunaux d’un autre pays pour des violations des droits humains. L’affaire a largement été saluée comme un jalon pour la justice en Afrique, notamment par Le Monde qui la qualifia de « tournant pour la justice en Afrique ». En juillet 2016, le tribunal ordonna à Habré de payer environ 90 millions d’euros d’indemnité aux victimes. L’affaire est maintenant en instance d’appel.
Ce procès est avant tout l’aboutissement de ce que le quotidien Globe and Mail de Toronto a appelé « l’une des campagnes pour la justice les plus patientes et tenaces au monde » (York 2013). Menée durant plus de deux décennies par les victimes de Habré et leurs soutiens, cette campagne a réussi, de manière invraisemblable, à réunir les conditions politiques pour traduire un ancien président africain en justice en Afrique, avec le soutien de l’Union africaine.
La campagne fut surtout unique du fait que les victimes étaient au cœur de la lutte, engendrant non seulement une dynamique politique irrésistible mais également un procès, qui ont mis en évidence les efforts des victimes et ont largement comblé leurs attentes. Cette dynamique a amené des victimes de viol à rompre un silence de 25 ans en allant témoigner. Thierry Cruvellier, un journaliste connu pour ses analyses critiques des tribunaux internationaux, a déclaré avec enthousiasme dans le New York Times que « jamais dans une telle affaire, la voix des victimes n’aura été aussi dominante »(Cruvellier 2016).
Le lancement de la procédure contre Habré devant les Chambres africaines extraordinaires au Sénégal a également stimulé le combat pour la justice au Tchad. Ainsi, en 2015, une cour tchadienne condamna 20 agents de l’ère Habré pour tortures et meurtres et ordonna au gouvernement de payer des millions d’euros en guise d’indemnité aux victimes. Tout comme l’arrestation à Londres du Chilien Augusto Pinochet, en 1998, incita les victimes tchadiennes à chercher justice au Sénégal, l’affaire Habré a déjà inspiré d’autres personnes, en Afrique et ailleurs, à envisager d’éventuelles poursuites judiciaires. L’affaire Habré montre qu’il est possible pour une coalition de victimes et d’ONG, avec ténacité et imagination, de créer les conditions politiques nécessaires pour traduire en justice un ancien chef d’État au nom de la compétence universelle.
Cet article cherche à tirer certaines leçons de la campagne pour traduire Habré en justice, dans l’espoir d’aider d’autres personnes qui désirent s’organiser pour obliger leurs bourreaux à rendre des comptes.

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